Dessiner les nouveaux chemins d’une transition politique post Jovenel Moïse : vers une démocratie réenchantée

Deuxième numéro thématique de la saison estivale 2020

Emission du dimanche 12 juillet 2020

Jacques NESI

Le traitement du corona virus par les autorités publiques est spécifique à Haïti. Il renvoie à des signes contradictoires. D’un côté, le président de la République et son gouvernement gardent une indifférence envers les victimes de la covid 19. Si le nombre de victimes ne traduit pas la catastrophe que prédisaient les experts, ce n’est pas dû à une quelconque politique des pouvoirs publics. C’est le résultat plutôt de l’esprit inventif des Haïtiens qui ont su s’adapter, s’administrer des tisanes.

Le président de la République a pu tirer son épingle du jeu de la crise sanitaire. Trois éléments l’attestent : d’abord, le mouvement contestataire du pouvoir de Jovenel Moïse a du plomb dans l’aile. Ensuite, le corona virus est une opportunité économique pour le régime Moïse qui a pu bénéficier de l’aide du FMI 116 millions de dollars américains,la Banque Mondiale a approuvé un projet de 20 millions de dollars. C’est une bouffée d’air frais pour le pouvoir qui depuis quelques mois n’a reçu aucune aide malgré son vote anti-Maduro.Le gouvernement a indiqué que des commandes de matériels ont été financées. Mais on a peu d’informations sur la distribution de ces matériels sanitaires.Enfin, le corona virus est l’un des moments les plus favorables à Jovenel Moïse pour exprimer sa politique. Il a les mains libres. La Chambre des députés n’ pas renouvelé le mandat de ses membres. Le Sénat est amputé de plus d’un tiers de ses membres depuis le 13 janvier. Le président de la République gouverne seul. Par décret. Sans véritable contre-pouvoir institutionnel. M. Moïse se prépare à conserver le pouvoir : les pauvres sont assassinés dans leurs quartiers de Bel Air, de Mont Rouge, de la Saline, de Martissant… selon les rapports il annonce un projet de rédiger une nouvelle constitution, il annonce la fin de son mandat le 7 février 2022 ( un sujet controversé), il ordonne aux haïtiens de demander leur carte électorale malgré des mesures- barrières. Bénéficiant de l’appui de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, il se prépare à l’organisation d’élections à tous prix. Il lâche ses alliés, ses gangs dans la nature, terrorisant les haïtiens.

C’est une forme de miliciarisation de la vie politique au service du pouvoir en place. Ces individus armés sont si sûrs de l’appui du président de la République qu’ils se sont réunis en un groupe uni. Ils osent demander leur agrément au ministère des affaires sociales. Ils ont même une direction à leur solde.

Jovenel Moïse assure la mise en place d’un pouvoir répressif : des manifestants ont été empêchés de faire un sit-in devant le palais de justice. En outre, impopulaire, soutenu par la représentante de l’ONU en Haïti et l’ambassadeur des Etats-Unis en Haïti,décide de publier des décrets présidentiels qui changent la vie des haïtiens et diffusent des valeurs qui sont contraires à l’anthropologie d’Haîti :

la majorité sexuelle à 15 ans, l’autorisation des pratiques de zoophilie ;

Jovenel Moïse se ne gêne pas de protéger les présumés escrocs, il accorde l’amnistie à tous ceux qui sont impliqués dans le détournement des fonds.

Le pouvoir de Moïse n’est ni autoritaire parce qu’il ne met pas en cause la liberté d’expression. Mais ce n’est pas un pouvoir démocratique :

Moïse n’a pas encouragé l’organisation des élections devant conduire au renforcement des institutions, il emprisonne et persécute, il soutient le développement de la criminalité en Haïti, il a tout fait pour empêcher aux Sénateurs de poursuivre leur mandat, des maires sont virés et remplacés aux termes de leur mandat, les citoyens ont peur chez eux…

Toutes les conditions sont réunies pour engager le mouvement contestataire visant à la fin du pouvoir de Jovenel le 7 février 2021 alors que le président préfère le 7 février 2022.

Une émission pédagogique qui a pour objectif de faciliter la compréhension des défis qui attendent les haïtiens.

L’émission est divisée en deux parties :

la première tentera de comprendre les différents scénarios d’une transition politique ;

la seconde est de cerner les différentes propositions de sortie de crise, de comprendre des étapes qui détermineraient le dévoilement d’une sociologie de la transition.

Invités: Dr. Emmanuel Ménard, écrivain, président de Force Louverturienne, Me.Franck Lauture auteur de « 48 mois à la chambre des députés » député sortant de la 50 ème législature,Dr. Réginald Boulos, président du Mouvement de la Troisième Voie.

Laisser un commentaire